(Saintelyon 2007) Encore une victoire de la Grosse Bertha

Au lendemain de la Courmayeur Champex Chamonix (the North Face Ultra Trail tour du Mont-Blanc), je vivais avec un sentiment de plenitude, de jouissance d?avoir accompli quelque chose de grand, quelque chose que j?avais prepare pendant un an, avec les efforts et les difficultes avant la victoire ?personnelle et sportive. Depuis, un sentiment de vide. J?avais passe un an a penser chaque instant a un meme objectif et maintenant, je n?en avais plus. Qu?allait donc faire la Grosse Bertha maintenant ?

Apres avoir donc laisse passer quelques semaines pour nourrir a nouveau l?envie de courir (en competition), etre sure que ce dont j?avais vraiment envie c?etait de refaire des courses, j?ai cherche un nouvel objectif, « une nouvelle folie » comme disent certains de mes proches ou amis. J?avais trouve : la Saintelyon.

La Saintelyon, : 69 kms entre Saint Etienne et Lyon, mi route mi chemin, depart a minuit (ben voui, sinon a quoi bon ?...) le dimanche 2 Decembre.

Cette fois-ci, je n?ai pas mon ptit Papou qui m?accompagne comme a la North Face du Mont-Blanc, ni personne d?ailleurs? Soit.

Samedi 1er Decembre, 18h30, arrivee au Parc des Expositions stephanois, je recupere mon dossard. Ouf, tous mes papiers sont en regle. Je me trouve alors un petit bout de tranquillité pour m?allonger et dormir encore un peu. En vain, je n?arrive pas a dormir, baignee par la peur et le stress paralysant, mais l?envie reprend bien vite le pas.

Entre 19h et 23h le temps me parait une eternite malgre les quelques coups de telephone a mes proches. Et puis vient la derniere heure. La plus longue et en meme temps la plus courte. On commence a s?affairer, se preparer. Beaucoup ont leurs rituels, des mecanismes un peu superstitieux. C?est amusant de regarder chacun s?apprêter.

23h35, un dernier tour aux toilettes. Et la, c?est le drame ! Nooooooooooon, ma creme anti-frottements !! Commence alors une autre course, celle pour en trouver mais personne n?en a !! L?angoiiiiiiiiisse. Je me souviens d?une phrase de Vincent Delebarre, ultra trailiste francais bien connu qui disait si justement que dans ces courses-la, il suffit d?un grain de sable pour que vous ne vous focalisiez plus que sur celui-ci. Or dans ces courses, on n?aime pas les grains de sable ! Mais apres 20 minutes de lutte, je trouve enfin mon graal.

Il faut maintenant que je me rue vers le depart?

J?ai a peine le temps de me glisser dans la foule et d?allumer ma frontale que le speaker lance le decompte. Minuit : c?est parti !

Les premiers kilometres se passent tres bien, je prends mes marques, il ne fait pas trop froid, a part de temps en temps quelques raffales qui glacent le sang mais le ciel est étoilé et la lune est belle.


Juste un peu avant le km 16 et le premier ravitaillement de Saint Christo en Jarez, des bolides commencent a nous depasser. Cela fait un peu moins de 2h que nous courrons et les relais qui sont partis une heure apres nous nous ont rattrape. Ils sont pour la plupart habillés d?un simple short et d?un T-shirt, j?en ai meme vu un en debardeur ! Ils ont vraiment une allure de kenyans et c?est un peu rageant pour nous qui maintenons un cap de moyenne allure pour se preserver. Apres Saint-Christo, la galere commence avec les premiers champs de bataille. Nous traversons des champs de ferme (oui ! oui ! a l?odeur c?est bien ca !) et on se croirait a Verdun. Quand la boue n?est pas aussi collante qu?un carambar collé dans la dents et qu?elle n?arrache pas votre chaussure du pied, ce sont de veritables flaques ou le mollet entier rentre et ça glace le sang.

J?atteints la mi-course un peu avant 4 heures de course. Le meilleur n?est plus qu?a une heure et quelques poussieres de secondes de la ligne d?arrivee. Moi je fais la queue pour les toilettes (un reel desavantage pour nous les femmes, je suis sure que c?est un homme qui a inventé la course a pieds). Je perds facilement 10 minutes et une centaine de places, avant de repartir d?are d?are. Apres Sainte Catherine commencent les descentes, un tantinet soit peu glissantes et casse binette? « J?aurais su j?aurais pas v?nu !! » Ou alors j?aurais pris mes skis? ! J?assiste a quelques jolies chutes dans le peloton et me mets en même a penser en regardant ma montre que je pourrais etre en ce moment meme en boite, en train de faire la fete? Mais non, je fais mumuse dans la boue et je courre? Lorsqu?on quittait le macadam et que l?on voyait des panneaux « réservés aux engins agricoles », (veridique !) avant d?attaquer les chemins, un râle se faisait entendre dans les troupes car on savait ce qui nous attendait? Au sortir de ces chemins, une interminable descente commence apres le kilometre 34. Pendant plus d?une heure nous courrons sur du bitume, une vraie torture pour les genoux.


J?arrive à Soucieu en Jarrest au km 46 aux alentours de 6h45 et je me dis qu?avec seulement 23 kms restants je serai sur la ligne d?arrivée vers 8h30, 9h, comme prevu avec Papou, car je vais bien physiquement malgré mes genoux, mais la fin de l?histoire est toute autre !

Ces 20 derniers kilometres sont tres, tres longs. Le tracé est un peu descendant au debut, quelques grosses remontees coupent le rythme, avant de s?applanir et les paysages sont d?un ennui monstre. Surtout apres la derniere foret de Chaponost, que je traverse au lever du soleil et avec l?aube levante et la brume qui s?enfuit, on se croirait tout droit sorti d?un film de Burton, tel Sleepy Hollow. C?est terrifiant. Surtout la traversee du pont et ses marches.


Les 15 derniers kilometres sont terribles : on rentre dans la banlieue lyonnaise. Et les 10 derniers? Ah, les 10 derniers? J?aurais etripee sur place la jeune femme qui m?a lancé cette terrible nouvelle. Comment, encore 10 !? Non ce n?est pas possible ! J?ai beau courir, je n?avance pas, c?est comme si la route etait un tapis roulant. C?est affreux ! Ensuite, la vingtaine de marches qui ramenent aux quais. Une torture pour les genoux, qui tres vite sont encore plus meurtris par les galets glissants du bord de fleuve. Km 62 : Bellecour, cette place que j?ai connu si grouillante de passants est apocalyptiquement vide, c?est triste.


Puis les 4 derniers kilometres, je scrute chaque panneau jaune kilometrique au loin et bon sang que c?etait dur. Les 2 derniers, l?arrivee dans la Doua, « ou est la ligne, ou est la ligne ?! ». Ca y est je la vois, une derniere mini-descente, l?entree dans le stade, le c?ur explose, les larmes sont la, elles affluent mais je les contiens, 20m? 10m? et ENFIN la ligne? Ca y est ! Je passe cette ligne d?arrivee ! Je m?agenouille quelques secondes, essaie de me resituer, oui, je realise? Et j?explose de joie.. en larmes ! Mais non, je vais bien ! Je suis heureuse ! Je regarde autour de moi et vois des familles ou amis partout, moi je suis seule, et j?aurais aimé partager mon émotion avec quelqu?un mais en fait, quand on coure, n?est-on pas seul dans la souffrance ? Puis un homme arrivé quelques secondes avant moi et voyant mes larmes ruisseler, me tape dans le dos et me lance « Bravo, ce n?est vraiment pas une course facile ». Oui, l'émoi et la douleur sont tellement forts que je ne peux contenir cette profusion de sentiments qui m?emplit. En effet, ce n?est pas seulement physique mais aussi et surtout moral : j?ai su assez rapidement que je passerais cette ligne mais de me dire qu?une nouvelle fois j?avais ete capable de realiser ce petit exploit a mon niveau, me dire que moi, Gratianne, 0,5% de confiance en moi, j?avais trouve la force necessaire de me depasser... Je me rendais compte qu?une nouvelle fois, j?avais ete capable de faire quelque chose de grand, je me rendais compte que peut-etre je valais quelque chose. Cette jouissance que j?avais trouvée dans la douleur pendant la course prenait tout son sens sur cette ligne d?arrivee.


« Aimes-tu vraiment souffrir me direz-vous ? » Oui je vous répondrai parce que je me sens vivre, et parce que c?est cela que j?aime et recherche dans le sport et spécialement dans ce genre de courses un peu « extremes » pour les non-iniciés : la souffrance, n?est que subjective, mais le résultat, lui, est bien reel et lui seul compte: annihiler le quotidien et ses doutes, pour ne se recentrer que sur soi et se decouvrir voire se construire, en épousant ses limites et meme en les repoussant, mais avec maitrise, acquise grâce a chaque peine et a chaque joie de course. Ma tante m?a demandé un jour apres la course de Chamonix si cela avait changé quelques chose dans ma vie. Je n?ai pas su répondre sur le coup mais avec le recul, je me rends compte que chaque victoire sur moi-meme me change un peu, me fait grandir.

Apparente absurdité ou maîtrise et conscience évidentes ?

En résumé, quelques chiffres :

Dossard : 371

Km 16 :2h09, 2928e

Km 30 : 3h56, 2750e

Km 46 : 6h48, 2643e

Temps Final : 10h29s52

Classement général : 2414

Classement catégorie : 66

Douche glacee apres l'effort: 1(qui des 1000 premieres a pris toute l'eau chaude!?)

Ongles perdus : 2

Ongles violacés : 5

Bémol : 1 (le temps a l?arrivee, je pensais faire un peu moins)

Confiance gagnée : 1 point

Satisfaction : ENORME.





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