UTMB 2011 - Pouvoir se dire: j'ai realise mon reve... (de 5 ans)

5 ans. 1827 jours. Il y a exactement 1827 jours, je decouvrais l'UTMB, The North Face Ultra Trail du Mont Blanc sur la place de Chamonix, un vendredi soir. En ce jour je decidais de faire cette course et depuis, je n'ai cesse d'en rever, de m'entrainer pour et imaginer ce moment ou je passerais la ligne... Et il y a quelque jours (deja), 1827 jours soit 5 ans et 1 jour plus tard, je l'ai fait.

Comment raconter son plus important reve, ce que l'on veut le plus au monde? Comment exprimer ce que l'on a attendu pendant 5 ans? Qui plus est, comment mettre des mots et ne pas trahir ce qui s'est avere etre encore plus grand que ce que j'avais pu esperer?  Raconter, c'est aussi accepter que ce soit fini, car malgre cinq annees d'attente a y penser chaque jour, on ne veut pas que ce soit fini, on voudrait encore quelques petites heures de plus. Avec la Suede qui me manque tant, c'est le syndrome de Stockholm peut-etre... Enfin, comme le note ma grande soeur, ce que j'ai vecu est entierement lie a mes parents et Lorraine + brother qui etaient la et ce sont des moments qui ont ete tres fort entre nous. Mais j'ai recu tellement de soutien, d'encouragements et de force de tellement de gens que je ne peux que leur rendre, ne serait-ce qu'un peu, via ce modeste (quoique long mais ce fut apres tout 44h!) recit de course. 


La course en details:

Lundi 22 Aout, 2011, depart de Vancouver, Canada ou je vis depuis presque 5 mois. Mardi, arrivee en France et crochet par un medecin du sport pour qu'il jette un oeil a mon pied que j'ai blesse lors de mon dernier entrainement quelques jours plus tot.Diagnostic: peut-etre une fracture de fatigue. Nous convenons tous les deux que je ne risque pas de sequelles a vie si je fais la course, il me faudra juste encaisser la douleur (solution que j'ai propose MOI, cela va sans dire...).

Jeudi 24 Aout 2011, arrivee a Chamonix. Le soleil et la chaleur sont forts, comme l'an dernier, avant que l'orage et le mauvais temps n'eclatent. Mais je reste concentree. Je profite d'etre la, d'avoir eu cette deuxieme chance au tirage au sort (inscription UTMB par points + tirage au sort) et que mes parents m'aient paye mon billet d'avion retour. Je suis chanceuse et je ne veux pas laisser cette chance.

Vendredi 25 Aout 2011, Lolo, ma grande soeur, arrive de Suede et nous sommes maintenant rassembles avec mes parents. Ne manque plus que mon grand-frere mais il est la en pensee et dans mon coeur. Il m'envoie sa "motivex et moraline".

En fin de matinee, je recois un texto d'un ami coureur m'annoncant que la course est retardee de 5h compte tenu des conditions meteo. Le depart est maintenant a 23h30. Cela ne me pause aucun probleme, au contraire, cela permet de dormir un peu plus.

Une fois sur la ligne, il pleut des trombes et avec tous les parapluies et la nuit, malheureusement, ce n'est pas le meme depart que les autres annees. Ce n'est pas celui que j'avais connu il y a 5 ans ou celui que je m'etais imagine, ou celui que j'ai vecu sur les 2 CCC et les 2 tentatives de l'UTMB... Mais papa, maman et Lolo sont la, et ca, ca n'etait pas arrive les autres annees. De plus, la pluie ne m'atteint guere car je suis juste tellement heureuse et impatiente de prendre ce depart, tellement heureuse qu'il ait lieu. Je crois que nous etions tous, coureuses et coureurs, dans le meme cas: nous priions seulement pour une chose: que la course continue...

Avant de me tourner vers la ligne, je regarde mon team et leur lance: "Il va falloir me pousser, ca va etre difficile, il va falloir me pousser. Il va falloir me rappeller que cela fait 5 ans, que je me suis entrainee pour, que je le veux, me rappeller les entrainements a 6h30 avec Carl (mon trainer suedois pendant quelques temps), me rappeller mes entrainements la peur au ventre ici a Vancouver a cause de mes rencontres avec les ours, me rappeller que je l'ai en moi et qu'il faudra continuer malgre les moments difficiles et surtout surtout, si je ne le fais pas deja, me rappeller de sourire car tout ira mieux en souriant, et profiter".

Role principal de mon team: me rappeller de sourire car j'y suis, c'est mon reve, c'est la. Et tout va mieux en souriant.
23h30: je pars faire mon walkabout, ce rituel de passage chez les aborigenes australiens, lorsqu'ils partent dans le bush pendant de longues periodes pour (se) retrouver et comprendre leurs racines et consecutivement, grandir. Moi je pars dans les montagnes pendant 3 jours, cette montagne que j'aime tant et ou je me sens si bien, ou je me sens vraiment moi. Je pars pour vivre d'intenses moments et me retrouver, lors de ces moments seule, face a moi-meme et avec moi-meme. "Je ne m'echappe pas de ma realite mais plutot vers ma realite". A mon grand regret je ne serai pas accompagnee de sublime "drover" comme dans le film Australia mais je pars pour mon never never, mon somewhere over the rainbow-Mont Blanc que je me suis chante pendant cinq ans. Et deja, ce sont des "extraordinary circumstances"...






Les deux premieres heures sont approximatives, je cours a tatons, avec des douleurs dans le pied qui ne me plaisent guere. Il pleut fort et la nuit est tres sombre. Je crois meme me souvenir de coups de tonnerre. Mais je cours avec Camilla, mon amie suedoise rencontree l'an dernier quelques kilometres apres le depart. La descente vers Saint-Gervais, d'ordinaire extremement glissante est aussi boueuse et glissante que l'an dernier et je redouble de precautions pour epargner mon pied au maximum. Ce faisant, je cree une vive douleur dans mes genoux, notamment le gauche (par sur-compensation). J'ai tres froid aussi et je commence a penser a une bonne douche chaude. ... que je n'aurai que dans deux jours, a mon retour a Chamonix. A ce moment, je realise la portee de la course... C'est vraiment une fois dedans que l'on se rend compte. Mais j'avance cependant relativement bien et j'arrive a Saint Gervais, km 21, en 3h35. J'ai perdu Camilla dans le monde mais papa est la. Je me ravitaille un peu, change de T-shirt trempe et repars. Saint Gervais fut notre ligne d'arrivee l'an dernier, lors de l'annulation de la course. Passer ce ravitaillement a deja un gout de victoire. "Ptit Papou, je vous vois dans 10kms!", ou j'arrive deux heure plus tard. J'ai un tout petit peu d'avance sur les barrieres horaires alors je ne perds pas de temps au ravitaillement.





La presse l'an dernier suite a l'annulation de la course, la dechirure, l'injustice...


La presse l'an dernier suite a l'annulation de la course, la dechirure, l'injustice...


La presse l'an dernier suite a l'annulation de la course, la dechirure, l'injustice...


La presse l'an dernier suite a l'annulation de la course, la dechirure, l'injustice...
 
La prochaine fois que je vois papa c'est dans a peu pres 4h30 apres avoir monte la premiere grosse difficulte: la Croix du Bonhomme a 2443m. La montee vers ce sommet au petit matin est sublime lorsque j'arrive sur le stop de La Balme. J'avais passe ce point de nuit lors de mon premier essai sur le grand tour il y a 2 ans et les sommets alentours se reveillent avec le soleil qui les caresse. Mais le froid est rude pour nous et beaucoup se rechauffent autour du feu au ravitaillement. Tout le monde veut emmagasiner de la chaleur avant la neige et le froid qui sont annonces au sommet. Un sommet que l'on ne distingue effectivement pas car emmitoufle dans d'epais nuages. Je prends alors une bonne soupe, change a nouveau de T-shirt et m'attaque a cette ascension. Tout se passe bien et cette annee je ne me perds pas (du brouillard sur tout la montee lors de mon passage il y a 2 ans) et arrive en haut sans probleme en 1h30. Je ne m'attarde pas a en-haut car on n'y voit rien, malgre quelques sublimes percees sur les sommets voisins, un vrai paysage d'hiver. Mais surtout parce qu'il fait bougrement froid. Il fait une alternance de neige et gresil, une meteo que mon team s'averera avoir su des le debut mais s'etant bien gardes de me dire! Ils avaient omis que la neige est mon element de predilection...

C'est moi ou il tombe de la choucroute??


Nonobstant, le froid humide sur un corps transpirant est moins mon domaine alors j'attaque la descente sans tarder, a nouveau avec precaution car, si mon pied ne me fait a present plus mal, cela glisse encore beaucoup sur les pierres et plus bas dans les champs, ou nombre de coureurs tombent autour de moi. Je vois beaucoup de fesses crottees et il ne manque plus que la musique de cirque...  

J'arrive au refuge des Chapieux au km 50 a 9h30. J'entends un benevole nous lancer que nous sommes "aux Chapieux au km 50" (au cas ou nous serions deja trop fatigues!) et c'est la premiere et derniere fois que je me suis soucie du kilometrage. Cela fait 10h que je suis en course. Papa contient un sanglot lorsque je m'approche de lui (je vous ai entendu Tit Papou!) et il peut. Je suis dans la course, je me sens tres bien et enfin j'atteinds ce moment de la course ou je sais. Tout comme ma toute premiere CCC au passage la tente du Grand Col Ferret ou bien lors de l'Eco Trail lorsque je retrouvai The Devil a mi-course ou bien encore lors du passage du ravitaillement de Veyreau sur l'Endurance Ultra-Trail des Templiers, je sais que je vais au bout, a moins d'une blessure ou d'un serieux coup de mou me faisant passer hors des barrieres horaires, j'ai la tete pour aller au bout, je le sais.

Check du matos au sortir du ravito
Je repars sous la pluie pour ascendre la deuxieme difficulte, le Col de la Seigne a 2516m. A mesure que le chemin s'accentue, la pluie tombe de plus belle. Je me crois de retour a "Raincouver" (Vancouver). Habituee donc, je continue d'avancer meme s'il fait tout de meme relativement froid et la temperature continue de baisser. Mais comme me l'avait dit mon grand frere lors de ma premiere CCC: "La douleur et le froid ne sont que des informations". J'atteinds le sommet au km 60 a 12h12. Il doit egalement faire autour de 0 mais en a peine quelques centaines de metres en redescendant, les nuages s'ouvrent sur l'Italie et le ciel est radieux. Alors que je descends vers le Lac Combal, la temperature se rechauffe beaucoup. J'atteinds le ravitaillement a 13h04 avant de remonter vers le Col Checrouit et Courmayeur ou m'attend mon team au complet. 

Montee de l'arrete de Mont Favre vers Checrouit

Montee de l'arrete de Mont Favre vers Checrouit

Ma tenue de combat pour affronter la pluie, le vent et le froid de la premiere nuit...

Ma tenue de combat pour affronter la pluie, le vent et le froid de la premiere nuit...

Je ne peux meme pas manger tranquillement...

Voila, quand je ne mange pas je peux sourire!

Arrivee dans Courmayeur

Comment ne pas sourire? Le soleil et mon team sont la... NB: Oui, comme au camping je fais secher mon linge sur mon sac a dos... 



Il a fait rudement chaud lors de cette montee puis traversee puis descente et j'arrive dans la ville minerale a 16h22. Cela fait 17h que je suis en course. Il me semble avoir a nouveau entendu des "spasmes guturaux" paternels etouffes par des toussottements mais cette fois-ci, Lorraine est temoin. On ne nous dupe pas comme ca, pas lorsqu'on partage le meme sang! Tous deux courent a mes cotes pour que nous rejoignions maman qui nous attend a la salle des sports. Nous partageons tous les quatre un grand sourire. J'entre dans la salle ou j'hesite entre dormir avant d'accumuler trop de fatigue ou manger. Je commence par manger, me change et j'ai deja perdu beaucoup des 1h30 d'avance que j'avais gagnees mais j'ai perdu mes reperes: maintenant que les passages prevus de nuit sont de jour et vice versa, mon organisation pour les sacs et affaires de rechange est bouleversee et je suis confused. Je verifie 3 fois si je mets mes bonnes affaires de rechange dans mon sac. Et une quatrieme fois. Je ne voudrais pas me retrouver au Grand Col Ferret en T-shirt court. Enfin, je ressors pour trouver mon team avec qui nous echangeons la nouvelle que je viens d'entendre: LA montee de Bovine est annulee a cause des intemperies de la nuit passee mais une nouvelle ascension est au programme: le Col de la Forclaz. Le nouveau parcours passe alors de 166kms et 9500m de denivele a 170kms et 9700m. Et ayant perdu ma modeste avance engrangee jusque la, je  me remets en route prestement, apres avoir pris le temps d'embrasser mon team.

Redepart de Courmayeur, avec le sourire!
Le passage dans Courmayeur-hameau est une ovation. Des centaines de personnes sont presentes et comme je suis seule a passer a ce moment, je recois d'incroyables acclamations rien que pour moi. Grazzie grazzie a tutti!

Ma montee vers le refuge de Bertone est relativement bonne et je progresse tres regulierement malgre la forte chaleur qui nous tape dessus en cette fin d'apres-midi. J'arrive au stop 82 kms a 18h52, en 1471* position, j'ai gagne a peu pres 400 places depuis le depart (mais beaucoup ont deja abandonne a Courmayeur).

J'attaque ensuite la traversee vers Bonatti ou j'arrive a 20h39. Je bois tres rapidement et repars pour atteindre Arnuva (endroit ou j'avais abandonne il y a deux ans sur blessure) sans tarder ou j'espere dormir un peu. La nuit tombe et je commence a avoir sommeil de plus en plus. La chaleur de Bertone m'a assommee et bien sur, la fatigue generale commence a s'accumuler: cela fera 22h30 que je serai en course une fois arrivee au ravitaillement. Cette nouvelle traversee a flanc de montagne me permet d'apercevoir, malgre la nuit, THE tente jaune North Face,  si significative de cette course pour moi. Cependant, une fois arrivee, nul endroit ou dormir... Meme pas un coin dans la tente, tout l'espace est occupe... Je reflechis, reflechis mais ne trouve pas de solution. Je mange alors un bon bout et me change car ils annoncent -5 a -10 au sommet. Oui oui, -10! Il y a un bon vent la-haut.

Au sortir du ravitaillement, je ne suis pas transie de froid mais c'est tout comme. J'ai beau avoir un T-shirt sec et avoir ferme toutes les ecoutilles (bonnet, capuche, manteau, etc), je suis piquee au corps. Je claque des dents comme en cette journee de ski a Are par -15/-20*. Je tiens bon, je tiens bon, j'avance, je sais que mon corps va se rechauffer et que ca va aller mieux, il faut juste que j'avance, que je tienne bon... Avancer, avancer, avancer... Bouger les doigts, remuer les bras, baisser la tete, respirer... Avancer. Toujours. Il est a peu pres 22h30 maintenant et il fait vraiment sombre. Je suis seule et un fort sommeil s'est joint a moi. J'ai maintenant vraiment tres sommeil. C'est un mix de la fatigue accumulee, de la nuit si sombre, du froid qui saisit et le faisseau de ma lampe qui m'hypnotise litteralement car etant le seul point ou mes yeux se posent. Cependant, il est impossible et il n'est pas question de dormir la. Il fait bien trop froid pour ne serait-ce que s'arreter quelques secondes pour se reposer dans cette forte ascension. Il faut que je continue, que j'avance, que je monte, encore et toujours, pendant l'heure et demie qui vient, sans cesse. Je commence alors a adopter une foulee extremement reguliere et mon cerveau commence a deconnecter. Je sens que ma reflection ralentit. Je suis reellement passee dans un temps parallele, un mode automatique: la seule activite cerebrale a ce moment est une repetition de "garder les yeux ouverts" et "avancer". L'auto-persuasion prend ici tout son sens. Je sens que mes jambes et ma tete sont entierement independants. Je me sens comme un zombie. Je lutte sans relache contre le froid et le sommeil, contre ces paupieres debordantes de sable qui veulent se fermer avec une telle force, alors que mes jambes ne necessitent aucune commande. C'est absolument saisissant et fascinant. Je dors presque, en avancant. Cela pendant environ 1h30, sans arret. Constante.

A 00h10 en ce troisieme jour, j'atteinds le sommet du Grand Col Ferret au km 99.8, a 2537m et en 1378* place. MON Col Ferret, mon passage prefere, mon "milestone" (evenement clef). J'aimerais profiter cet endroit car je commence a me rendre compte que la course passe trop vite, que je ne profite pas assez deja mais il fait effectivement en dessous de 0 ici, le vent est glacial et puissant et je ne puis perdre de temps pour attaquer la descente, en terre suisse, troisieme pays traverse de cette course. Il fait toujours tres noir et j'ai toujours aussi sommeil ce qui rend la lecture de trajectoire difficile. Je vois des gens tituber devant moi, parfois de maniere un peu dangereuse car il y a des passages pres de pentes tres raides. Je les conjure de s'arreter dormir. Je ne puis moi car j'aurais trop froid en quelques secondes mais eux ne tiennent plus debout. Pourtant, j'ai vraiment vraiment sommeil. Mes paupieres sont encore plus lourdes qu'a la montee et je sens que mon cerveau fait a present des siestes de micro-secondes. Comme un faux contact. J'ai vraiment trop sommeil. Mais je ne peux pas m'arreter. J'ai vraiment besoin de dormir, un tout petit peu, juste quelques minutes. Mais il n'y a nul endroit ici. Quelques rochers ont l'air fort confortables mais tout de meme...  Mais il faut que je me reveille, je ne peux pas tenir les 8kms de descente jusqu'au prochain stop comme ca. Alors je commence a me reciter a voix haute les mois de l'annee: "Janvier! Fevrier! Mars! Av... Avril! Maaaaai!" etc. Puis je commence a chantonner. Puis je repasse au mois de l'annee. Il me semble avoir fait "La la la" egalement... Le resultat n'est pas aussi optimal qu'escompte mais il y a un neanmoins un leger progres. Tout cela m'amuse a vrai dire: c'est vraiment difficile de lutter mais cette etape de la course etait ce que je voulais vivre et attendais avec impatience, cette experience d'entamer une deuxieme nuit sans dormir (voir pourquoi ici dans la partie II: je voulais). Alors je profite de ces moments inhabituels. Et a present, je ne reve plus que d'une paillasse maintenant et non d'un bon grand lit bien chaud avec plein d'oreillers et une grosse couette qui vient juste d'etre lavee... Non, il faut que j'avance, encore et toujours. Il faut que je me concentre sur le prochain stop car la, je pourrai peut-etre dormir. "Tant qu'il y a de l'espoir"... Alors je continue, je descends, je trottine, je marche, je chantonne, je continue...

Cette descente est vraiment ennuyeuse mais j'avance, je double et arrive a La Fouly au km 109 a 2h53 en 1335* position. Je mange rapidement et tache de trouver un coin ou dormir. Je n'ai pas repris d'avance sur les barrieres mais il faut que je dorme. Je demande a une benevole s'il y a un coin. Elle me repond: "Oui, vous avez des bancs la-bas". Merveilleux, des bancs!! Quel amour de femme! Alors je me dirige vers ces bancs mais ils sont tous pris (forcement, la qualite ca part vite!) alors je me mets a une table et tache de dormir sur mes avant-bras (vous voyez ce que je veux dire?...). Je tiens 4 minutes. Il y a du bruit, je suis mal installee, je n'y arrive pas. Alors je repars. Il est a noter qu'a ce moment de la course, je depasse ma plus longue distance parcourue lors d'une course, i.e. l'ultra-trail des Templiers.

Je progresse malgre tout assez bien en marche rapide vers Champex, prochain stop ou je vois mon team. Apres presque 28h de course, je me rends compte que dans moins de 24h j'atteindrai mon reve. Je repense alors aux maintes fois ou mon cher co-runner Stephane mais aussi beaucoup d'autres m'ont repete: "Profite". Et il est vrai que c'est l'unique diktat que je voulais avoir pour cette course: profiter. Et je ne l'ai pas encore assez fait. Alors je regarde autour, tout est noir et je ne vois rien bien sur mais en levant un peu plus les yeux: le ciel est d'une intensite stellaire incroyable... Encore un sublime ciel qui m'accompagne (voir les Templiers). Ayant passe 3 mois dans le centre du Chili, j'ai eu la fortune de vivre des soirees sous une merveille nocture difficilement descriptible mais cette nuit-ci est absolument sublime. Je manque de trebucher plusieurs fois tellement je ne puis enlever mon regard de cette voute magique.

Je continue cependant ma progression vers Champex via Praz de Fort, sublime petit village suisse, meme de nuit. Cependant, alors que je l'avais seme en chemin, le sommeil assomeur est revenu s'assoir sur moi. Encore plus fort que dans la descente du Grand Col Ferret. Mes jambes sont toujours en mode "moi j'avance, tu me suis si tu veux" mais ma tete est maintenant prete a tomber et rester derriere... La, deux benevoles nous indiquent le chemin (j'ai un peu de mal a comprendre leur utilite dans ce village a trois rues mais quelle bonheur de voir des gens qui parlent). Devant moi un coureur leur demande s'ils peuvent le reveiller dans 10 minutes. J'ouvre grand les yeux et leur lance comme un enfant jaloux: "Oh oui moi aussi s'il-vous-plait!". Nous nous "jettons" alors sur les deux bancs de cet improbable arret de bus (cette fois-ci c'est MOI qui prends le banc d'abord!) et nous nous allongeons. Cet homme charmant me demande meme lequel je veux! Je n'ai pas le temps de lui repondre, je suis deja allongee et presqu'en profond sommeil. Je n'arrive a dormir que 7 a 8 minutes, mais ces 480 secondes sont tres reparatrices et je repars de pied ferme (enfin pas trop parce que je repars en courant) pour attaquer la montee vers Champex, dont je ne suis pas fan du tout de mes editions precedentes de la CCC.

Comme il y a 4 ans, a cause des lampes frontales, Ptit Papou ne me reconnait pas tout de suite lorsque j'arrive a ce km 124 a 6h37 en 1186* position. Mais je le comprends egalement car je dois vraiment avoir une tete de bayonnaise au matin du 5* jour (les inities comprendront...). J'ai plus que jamais sommeil et je ne lui laisse pas le temps de me "greet" (accueillir), je lui lance "Dooooormir, dormir!!" comme une Gratianne qui rentre en France et ne saurais tenir une minute de plus sans nourriture francaise: "Fromaaaaaaaaaaaaaaaaaage". Il m'accompagne alors dans la tente du ravitaillement ou maman et Lolo m'attendent. Je lis sur le visage de maman une certaine peur en voyant arriver sa fille dans un tel etat. "Qui est cette jeune fille blonde qui ressemble a ma fille mais a dont les yeux sont... morts?". Sans plus attendre elle me prend sur ses genoux alors que je m'allonge sur ... oui, un banc! "Reveillez-moi dans 10 minutes". 10 est mon chiffre prefere apres tout. Top! 10 minutes! En quelques secondes, j'ai des pates, du bouillon et un T-shirt sec devant moi. Les pates sont bonnes et le bouillon bien sale. L'epreuve d'enlever le T-shirt trempe dans le froid est un peu desagreable mais je suis recompensee par ce T-shirt bien sec. C'est ca aussi la beaute de ces courses et de ce sport: retrouver les petits plaisirs comme boire de l'eau, s'assoir (doucement), enlever ses chaussures, demeler ses longs cheveux (non, je retire, c'est atroce), embrasser ses proches et oui, mettre un T-shirt sec. Ce sont sincerement de beaux moments et qui rendent tres humbles et appreciatifs.

7h, il est l'heure de repartir. Je ne voudrais pas manquer la lumiere du matin sur ce sublime petit village de Champex, que j'ai toujours traverse de nuit. Depuis Champex nous descendons vers Martigny ou nous avons ete detournes suite a l'annulation de LA montee de Bovine apres les intemperies. La descente est ennuyeuse et ininteressante et la mini remontee vers le ravitaillement aussi, sans compter qu'il recommence a faire tres tres chaud. Arrivee a Martigny, plusieurs coureurs pestent autour de moi par rapport a ce changement de parcours, des changements d'information de la par de l'organisation, etc. Je ne comprends pas: l'an dernier j'aurais tue pour des changements d'information, des changements de parcous, j'aurais tout fait pour qu'on ne nous arrete pas dans notre reve. Cette annee, ils ont du se plier en quatre pour trouver une solution, soit, moche et ininteressante, mais nous avons la chance de pouvoir continuer. Ils ont mobilise encore plus de communes et les benevoles pour nous. Et il faut leur rendre cela. Alors je repars car moi je tiens a monter cette ascension du Col de la Forclaz (meme si c'est sous un soleil et une chaleur sahariens). Apres une autre montee macadamesque certes mais une montee vers mon reve tout de meme, je demande a Lolo mes fajitas dont j'ai tres envie depuis quelques heures. Lolo s'arrete de respirer quelques instants: "On ne les a pas". Bon, ce n'est pas grave, Trient est juste dans 30 minutes et il y aura surement du pain la-bas.

Descente vers Trient
J'y suis, dans ce village italien que je n'ai egalement connu que de nuit, a 12h36 en 968* position. That's right! Je suis passee sous la barre des 1000! C'est papa qui me l'a annonce (non sans etouffer un petit sanglot... sacre papou, que votre coeur tienne, j'ai encore 4 stops en 25 kms a vous voir! Reprenez-vous!). Certes, je suis passee sous la barre des 1000 mais beaucoup beaucoup ont abandonne a Champex. A 11h, on enregistrait 1186 abandons, soit légèrement plus de 50% avec près d'un quart avant les Chapieux (km 50). Courmayeur (km 77) et Champex (km 123) restent des champs de bataille impressionnants, avec respectivement 233 et 281 abandons. Me sentant si bien, je souhaite reprendre mon chemin pour attaquer l'ascension de Catogne, la DERNIERE ascension maintenant que La Flegere a ete supprimee a cause du delai au depart. Mais Lolo et maman ne sont toujours pas la. "Elles garent la voiture" me dit papa. Le fait est que la descente de Trient etait annoncee en 30 minutes et Lolo et maman ont voulu retourner a Vallorcine ou nous sejournons (dans un merveilleux gite) pour recuperer les fajitas qui me faisaient envie. Or je n'ai mis que 15 minutes pour descendre. Et il faut environ 20 minutes depuis Trient, sans compter le parking. Mais en quelques minutes supplementaires elles sont la... Avec mes fajitas!! Quand je vous dis que j'avais TOUT pour reussir. Mon team a ete au-dela pour moi... Et je ne les ai meme pas mangees ces fajitas! Je suis trop vite repartie apres avoir recreme mes pieds qui commencaient a s'orner de sublimes ampoules, presque de la taille des fajitas d'ailleurs!

Debut des ampoules...
 Pour cette derniere montee que je dois savourer, j'ai retrouve Camilla la suedoise. Nous echangeons vite fait sur le fait que nous y sommes presque, nous entendons deja Chamonix, mais l'emotion nous prend et nous changeons vite de sujet. De sujets au pluriel devrais-je dire car nous n'arreterons pas de discuter pendant toute cette ascension, malgre l'intense chaleur qui nous accable sur toute la partie du sommet. Je prefere nettement la pluie et le vent!! Arrivee au sommet, comme elle le raconte dans son recit a elle (en suedois), je lui dis: "Time has gone by so fast, I cannot believe we are already here," (le temps est passe si vite, je n'arrive pas a croire que nous soyions deja la). Mais avec la chaleur et la secheresse, mes ampoules commencent a serieusement se manifester. Chaque pas est douloureux. Nous entamons neanmoins cette derniere descente en essayant de garder un bon rythme. Je tiens le debut mais lorsque nous arrivons dans les bois avec les racines et les cailloux, je souffre vraiment. Et je commence a vouloir pleurer. Le soleil est vraiment tres fort et avec la fatigue et Chamonix qui prend une forme de plus en plus reelle, l'emotion emprisonnee pendant 5 ans etouffe trop fort. Mais je me retiens. Tout comme mes cris de douleur a cause de mes ampoules. 

Enfin nous arrivons a Vallorcine au km 155 a 16h05 en position 965. Apres avoir passe Catogne en 958* position, c'est la premiere fois que je perds des places. Maudits pieds. Apres 40h30 d'effort, vous pourriez tenir quelques heures de plus. Mais mon deplaisir est un peu compense par l'incroyable foule presente sur le ravitaillement. C'est incroyable! On pourrait se meprendre et croire que l'on est deja a Chamonix. Ce n'est pas le cas mais pourtant c'est si proche. Si proche. C'est la. A quelques pas maintenant. Nous le savons. Camilla et moi nous regardons et nous prenons dans les bras. Nous nous serrons fort. Cela ne fait peut-etre pas 5 ans que Camilla veut cette course mais nous avons vecu ensemble la dechirure de l'arret de la course l'an dernier et nous serons ensemble pour la finir. C'est un moment fort. 

Apres encore des embrassades avec nos proches, nous repartons de bon pied (si je puis dire...) car le passage vers Argentiere est sur chemin relativement plat et la douleur dans les pieds est moindre. En route nous croisons nos gentils hotes qui nous applaudissent chaleureusement. Nous passons ce km 161 a 17h27 en 942* place. C'est une formalite et nous ne mangeons ni ne buvons et repartons fissa. 


Deja bientot fini...
Avec l'annulation de La Flegere, nous rejoignons Chamonix par la vallee, comme lors de ma premiere CCC. Ce passage est un chemin bombarde de cailloux et racines qui sont un calvaire pour mes pieds, avec une succession de mini-montees, le tout sur 9 kilometres. J'essaie d'avancer tant bien que mal mais comme un acte manque pour enfin prendre le temps de profiter, je n'avance guere vite. Je me fais pas mal doubler. Mais mes pieds me font juste trop mal. C'est assez difficile a accepter d'avoir si bien avance jusqu'a present et maintenant d'etre contrainte de marcher, marcher lentement... Mais lorsque j'entends un passant dire que Cham est a encore 30 minutes, je n'en puis plus d'attendre de vivre ce moment tellement, tellement, tellement de fois imagine, que je me remets a courir. Le chemin est toujours caillouteux mais je fais fi de la douleur. Je cours a petit rythme mais je cours. "La douleur est psychologique, la victoire physique".


Puis arrive la fin de ce chemin a l'arrivee sur une petite rue de Chamonix. Chamonix. Je demande a une passante (en plaisantant): "Excusez-moi, on est ou ici? On est bien a Chamonix?". Pas de doute. Le Mont-Blanc, l'Aiguille du Midi et tous les autres nous regardent, je reconnais ces rues. Je cours maintenant un peu plus vite. Apres quelques petites rues, j'arrive le long de l'Arve ou il y a beaucoup de monde. Je tache de les regarder tous, pour profiter. Je ne distingue pas les visages mais je les vois m'applaudir. Mon sourire touche presque le Mont-Blanc. Je cours encore un peu plus vite puis lorsque je rentre sur la rue Vallot, je dois m'arreter. Les sanglots me prennent la gorge. Quelques personnes viennent poser leur main sur mes epaules: "Allez, c'est la". Je sais que c'est la! C'est cette rue ou notre hotel se trouvait il y a 5 ans, avec une fenetre donnant sur toutes ces arrivees, dont je ne manquai aucune. Je reprends ma course mais dois ralentir un peu. La foule s'epaissait et  notre passage aussi. Je distingue encore moins les visages et j'entends de moins en moins egalement mais je vois une masse. Mon sourire est a nouveau a 4000m. Je n'en reviens pas de tout ce monde. Encore quelques metres plus loin, je dois m'arreter a nouveau. J'expire, j'expire puis repars. Je devrais marcher pour profiter mais je cours sans m'en rendre compte. Je regarde a droite, a gauche, mais je suis attiree par la ligne. Puis, la, le dernier coude vers la derniere ligne droite. Kilian doit etre dans le coin car il y a tellement tellement de monde. Je m'arrete sur ce dernier leger gauche. Aucune larme ne sort mais mon estomas est retourne. A mon tour d'avoir les spasmes. Je prends quelques secondes puis releve la tete. Je fais quelques pas, regarde autour mais je ne vois personne, a nouveau cette  masse sans bruit. Je souris. Puis a nouveau des spasmes. Puis je souris. Et a quelques metres de la ligne, encore des spasmes mais Lorraine m'attrape dans ses bras et tout de suite le sourire me revient. Je ne sais pas ce que je ressens. Je ne sais pas si je ressens quelque chose a vrai dire. Tout va trop vite. Il y a tellement de monde autour, d'autres coureurs arrivent en meme temps et il n'y a pas LA musique, la musique des finisheurs qui faisaient tant partie du reve. Mais moumoune me prend a son tour dans ses bras et quelques instants apres papa (qui je ne vous le cache pas, avait 44h10 de poussieres dans les yeux...). Tout va trop vite. Il y a trop de mouvements, trop de gens, je n'ai pas le temps de comprendre. Je ne peux gacher mon reve maintenant, pas apres 44h10 ni 5 ans! Laissez-moi profiter! Comprendre ce que je suis en train de vivre! Mais il faut laisser place et je dois sortir de la ligne. Je recupere ma veste 'finisheur' avec le sigle "UTMB finisher" en 44h10 pour une 954* place, blason similaire a celui qui est maintenant grave pour toujours dans mon coeur et mon esprit. Gratianne, tu es finisher UTMB. Je suis finisher UTMB. Je viens de finir ce que j'ai commence il y a 5 ans. J'AI REALISE MON REVE.


Ce n'etait pas un reve... Enfin si, et je l'ai realise...

5 ans, a toujours vouloir, toujours y croire, a ne jamais lacher avant d'avoir reussi...
Nous restons quelques minutes sur l'aire d'arrivee. Je ne pense pas. Je suis a nouveau entree dans un temps parallele. Mais j'en suis sortie par le sourire de Camilla, arrivee quelques minutes plus tot qui vient me congratuler. Nous nous serrons fort. Nous l'avons fait! Grattis min kära kära vän. Tout va juste trop vite.


Nous retournons ensuite a l'hotel avant de nous diriger vers un restaurant. Ce n'est pas tout mais cette petite balade m'a donne une petite faim! Et apres une douche, relativement difficile a prendre tant les vetements sont gluants et colles a ma peau (eux non plus ne veulent pas que ce soit fini) et apres avoir manque maintes fois de m'endormir debout dans la douche, nous partons festoyer autour d'un bon repas que je languis depuis mon arrivee en France. Au menu: fondue aux cepes, frites et apres avoir hesite avec plateau de fromage, soyons raisonnable: trois boules de glace... Je n'arrive toujours pas a comprendre comment mon estomac a accepter ce festin ni meme comment je ne suis pas tombee de sommeil dans la marmite. Mes yeux se croisaient comme les aiguilles a tricotter enchainent leurs mailles! Mais nous avons tant a nous raconter. Je veux connaitre leur course a eux aussi car eux aussi ont sue et peu dormi pendant 44h10. Je veux savoir s'ils ont ete heureux, s'ils ont profite, s'ils ont senti nos liens se rapprocher encore plus et s'ils savent a quel point ils m'ont portee pour atteindre cette ligne. Mais je comprends que c'est egalement inscrit dans leur coeur pour toujours, aussi, nous rejoignons nos quartiers. J'ai a peine le temps de m'allonger sur les sieges arrieres de la voiture pour rentrer a l'hotel que je m'endors avant meme que maman ne ferme la portiere  . Je m'endors vers de nouveaux reves, j'en ai encore tellement ... 


"Les victoires, petites et grandes, sont a notre portee chaque jour si l'on s'entraine a les voir". (C'est moi ou j'ai le regard vaseux?)
 

La course et 5 ans en resume:


Nous avons une private joke dans la famille a propos du fait que l'on puisse "analyser le sport" comme le disait Fabrice Luccini: "Quand je PENSE qu'on analyse le sport!!". Mais ce que j'ai vecu pendant cet UTMB et dans l'ultra-trail en general, vont au-dela du sport, tellement d'amis, familles et meme d'inconnus sont impliques. Et 5 annees d'attente et de bataille portent a la reflection...

* Moi pour moi-meme:


  1. Le premier sentiment qui me vient a l'esprit est que je n'ai pas tout a fait realise LA course que j'avais decouverte il y a 5 ans et ce reve que j'ai poursuivi depuis lors. En effet, sans Bovine ni La Flegere, malgre plus de kilometrage et denivele, n'est pas le parcours qui m'avait fait vouloir faire cette course. Frank, un ami rencontre ici, entraineur d'athletes olympiques et lui-meme athlete semi-pro, notamment en triathlon, et qui fait maintenant des courses de 600kms dans le Yukon en hiver, m'a dit que je ne devais pas "devaloriser" ce que je venais d'accomplir. Son mail ecrivait: "Seuls les plus forts dans la tete pouvaient terminer cette edition. Tu l'as fait et tu as montre que tu faisais -fais- partie des costauds". Or lui sait et j'entends son message.
  2. Neanmoins, un autre fait d'importance dans mon reve etait cette arrivee. Bien sur, j'ai eu plus que ce que je n'esperais en terme d'ovation, la foule etait immense, mais il n'y avait pas cette musique, cette musique qui vous prend au ventre et vous fait battre le coeur aussi vite que les ailes d'un colibri. Elle m'a manque. Je sais que je l'aurais entendue.
  3. L'intensite sur la ligne n'etait egalement pas comme je l'avais imaginee. Bien sur, ce fut fort lorsque mon team m'a pris dans ses bras, et j'ai eu des petits spasms dans les rues de Chamonix. Mais je pensais qu'apres 5 ans a y penser chaque jour, a m'entrainer pour et a le vouloir si fort, je pensais que je vivrais une explosion dans mon coeur a n'en plus pouvoir respirer, a vouloir en crier de bonheur. Mais peut-etre cela faisait-il 5 ans que je me preparais a reussir et notamment depuis les Chapieux ou graduellement j'assoyais ma conviction que j'allais au bout. Peut-etre etais-je simplement prete et conditionnee pour passer cette ligne. Surement cela aurait ete different si tout c'etait deroule en 3 ans seulement et non 5 ou bien si j'avais eprouve des difficultes, la je n'ai pas eu de reelle bataille. Peut-etre l'intensite s'est evanouie au fil des ans meme si je n'ai pas fait cette edition "juste pour finir". Elle represente bien plus, elle fait partie de moi, m'a integree dans la communaute du trail et des ultras et m'a transformee et elle restera toujours une course a part.
  4. De plus, au regard de mon absence total de courbatures le lendemain (juste des douleurs dans les genoux bien sur, les molets un peu raides et ces mastodontes d'ampoules), comme a chaque course, je me dis que j'aurais pu pousser encore un peu plus, notamment cette derniere partie. Mais je me devais d'assurer, finir etait avant tout le but ultime. Je dois voir le positif et comprendre que j'ai encore une bonne marge de progression. Toujours voir le positif.
  5. Un dernier point: tout est vraiment passe trop vite. Cette ligne d'arrivee est si floue dans ma memoire, le passage dans les rues de Chamonix si court. Je n'ai vraiment pas assez profite et je le regrette. Mais il est certain qu'il est presqu'impossible de vivre a 100% ces moments, trop de choses se passent.  
  6. En revanche, quel plaisir et BONHEUR ai-je vecu tout au long de cette course. Malgre deux premieres heures un peu tendues a cause de mon pied, je n'ai cesse d'etre heureuse d'etre la. Je n'ai pas le souvenir d'avoir rouspete mais d'avoir toujours eu un sourire, malgre peut-etre cette arrivee a Champex ou j'avais VRAIMENT trop sommeil. Mon sourire etait souvent amplifie par mon team, parfait.
  7. Mon team justement, que dire. Ils m'ont tout donne. Ils m'avaient annonce des le depart qu'ils venaient pour moi, pour m'aider a accomplir ce desir. Je suis la premiere a me rendre benevole sur des evenements sportifs pour participer a la bonne experience de chacun mais je reste tellement reconnaissante de leur devotion pour m'offrir toutes les clefs supplementaires a atteindre mon reve a moi. Je n'en reviens toujours pas que Lolo et maman soient retournees jusqu'a l'hotel pour mes fajitas! Ou qu'Etienne ait passe 44h sur son portable. Ou que papa aient conduit des heures jusqu'aux Chapieux pour ne me voir que quelques minutes!! J'espere humblement que ma 'victoire' soit une recompense pour eux aussi ou quelle qu'elle soit, que leur recompense soit aussi grande que cette force qu'ils m'ont donnee. Ce dont de soi est a cherir aujourd'hui dans notre societe. J'avais deja lu Kilian dire que sans son team et leur logistique, il n'aurait pu boucler la traversee des Pyrenees, la boucle du Lake Tahoe et tous ces autres exploits en de tels temps record. Cette annee encore il disait: "C’est aussi le charme de l’ultra-trail, cette recherche intérieure, ces difficultés qui vous poussent à puiser dans ses ressources pour continuer à avancer. Et quand on peut échanger ces sensations, c’est encore mieux.» Parfois, je n'avais a penser a rien, juste a demander, comme mon plat de pates a Champex. La preuve que j'aurais moins bien reussi sans eux: a Courmayeur, alors qu'ils ne pouvaient entrer dans le gymnase, j'ai perdu beaucoup de temps. Ils ont tout simplement ete parfaits. Pour moi, nous avons partage l'un des plus beaux moments de notre vie de famille. Ca c'est mon ultra. C'est pour cela que je le vis et jamais cela ne changera ou bien alors j'arreterai: etre en montagne et partager avec ceux qui le veulent et ceux que j'aime. 
  8. Ce fut juste genial. J'ai vecu des moments tellement fort: le lever de soleil a La Balme, ouvrir la porte sur le sol apres La Seigne, le Grand Col Ferret de nuit, cette nuit justement le deuxieme jour avec ce ciel incroyable. La chaleur des benevoles et tous les gens sur le parcours. Les quelques mots echanges avec tel ou tel coureur. Puis tout ce que j'ai pu decouvrir sur moi-meme: me confirmer encore une fois que l'ultra-trail fait partie de moi et maintenant j'en fais partie mais aussi ce fut tellement fascinant ces moments d'automatisme, de puissance de l'esprit sur le corps, voir que bien trop souvent on se sous-estime, sa force aussi et qu'il faut juste essayer un peu plus. Tout fut tellement extraordinaire.
  9. Je suis une finisheuse, finisheuse de l'UTMB et finisheuse de ce que j'ai commence il y a 5 ans, et que je n'ai jamais, jamais, JAMAIS abandonne.  

Forever
 
    * Moi via les autres:


    1. En plus de tous les spectateurs, benevoles et autres coureurs croises le long du chemin, j'ai recu un incroyable nombre de messages de soutien avant, pendant et apres.  Je suis d'abord incroyablement touchee car encore une fois, c'est mon reve, et tant de gens m'ont supportee pour que je l'atteigne. Mais je suis cependant un peu en decalage. Tout s'est tellement bien passe, j'ai vecu un tel reve eveille que je n'ai pas le sentiment de meriter la plupart des temoignages. Beaucoup utilisent des mots comme "exploit", "extraordinaire", "impossible", "admirative", "hero", "fabuleuse" mais surtout que je suis "exceptionnelle". C'est trop! Je ne me sens pas meritante de tous ces superlatifs. Sans doute cela vient-il en partie du fait que je n'ai pas le sentiment d'avoir fait une vraie course, a la difference des premiers, mais plutot une rando de 3 jours non-stop. Peut-etre est-ce aussi que ce n'est pas vraiment une "surprise" d'avoir fini cette course tant je le voulais, j'etais prete et n'aurais RIEN lache. De l'exterieur cela peut peut-etre paraitre "au-dela de l'entendement" mais j'etais preparee, j'avais tout en moi et autour de moi pour reussir. J'ai vraiment le sentiment que cela a ete facile et qu'au contraire, c'est passe trop vite, je n'ai pas assez profite. Mais cela n'enleve EN RIEN a toute la gratitude que j'ai pour chacune et chacun. MERCI MERCI MERCI.
    2. Cependant, si je ne me vois en rien comme "exceptionnelle", j'accepte et suis au contraire honoree du titre d' "exemple" que l'on me donne. Maman me disait que beaucoup de mes cousins m'ont suivi et se sentent inspires de ce que j'ai fait ici et ce que je fais dans mes courses en general. Meme ma grande soeur m'a dit cela d'elle meme... Ma grande soeur!! Je suis heureuse que le message que je donne et qui reste est que lorsque l'on veut quelque chose, on peut l'avoir et que pour l'avoir il faut s'en donner les moyens. C'est vraiment tellement simple. Je suis heureuse que ce soit ma determination qui transparaisse car c'est la clef: il faut etre determine, tout mettre en oeuvre. Bien sur, atteindre ce reve etait en un sens facile car tous ces entrainements sont un plaisir et une necessite: parfois aussi tot que 5h30 du matin car le soir je veux voir des amis apres le boulot, sous la pluie ou meme la neige (Goteborg), se coucher tot, s'entrainer 5 a 6 fois par semaine; tout cela, j'en ai besoin, cela me rend heureuse, me fait vivre, a aucun moment ce n'est une plaie ou un sacrifice. Mais pour progresser, il faut se pousser chaque fois un peu plus. Quel bonheur de se voir meilleure. Mais il faut sans cesse continuer, ne jamais laisser tomber. Si l'on accepte de vouloir quelque chose, il faut accepter de se battre pour. Et ca je ne pourrais etre plus heureuse que d'insufler cet "exemple" car la recompense est tellement, tellement extraordinaire et inegalable pour ceux qui l'obtiennent. Pouvoir se dire: "J'ai atteint mon but parce que je m'en suis donne les moyens".
    Des larmes...
     
    Au rire!


    Et un sourire toujours plus grand car je le partage


    Les yeux ne sont pas grand ouverts mais le sourire est la!
    Med Camilla min svensk van!! (mes yeux font peur quand meme!!)




    Kilian le maitre, sublime photo...


    Un peu de lecture...

    Profil de course : 5 ans...


    MERCI a toutes et tous, du fond du coeur (et a tres vite pour des nouvelles balades enchantees). 

    Et n'hesitez pas a me laisser vos commentaires ou questions! Comme vous le voyez, je ne suis pas avare de details! :)

    "CE QUE NOUS ACCOMPLISSONS A L'INTERIEUR MODIFIE LA REALITE EXTERIEURE" (Otto Rank)





    Commentaires

    1. C'est surtout énorme ce que tu as fait !!
      Par contre, qu'est-ce que je peux dire comme conneries, parfois... :-)

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    2. "Il va falloir me pousser" -> on a pas beaucoup poussé au final, la machine avancait toute seule... ;)

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    3. Tu es une excellente et exceptionnelle (quoique tu es dises) coureuse et en plus une excellente narratrice!!!
      Déjà que ta grande soeur m'a inspirée pour la course à pied... toi, tu m'as fait réver!... et pleurer!!!
      Je t'embrasse.
      Virginie

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    4. Gratianne t'as abusé ! Moi le gros con qui pleure jamais, j'ai eu une montée d'émotions et la gorge nouée en lisant ce superbe résumé. L'entrainement, la course, voir une tête familière quand on est au bord de l'abandon je t'ai imaginé et je m'y suis vu ( mais pas sur 170Kms) . Tu sais que ça me tente ces courses on en a déjà parlé, tu m'as presque convaincu(faut que j'en parle à mon dos d'abord).
      Un grand Bravo la miss!!!! Chapeau !!!!
      Un anonyme que tu connais !

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